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Balcon de Pineta / Piñeta (altitude 2600 m)

Point d’intérêt / Informations complémentaires / A noter :

Itinéraire qui prend son départ sur le parking de la vallée de Pineta à côté du Parador de Turismo et qui rejoint le Balcon de Pineta, aux pieds du glacier du Mont-Perdu (face nord).

Long parcours qui franchit un important dénivelé correspondant au seuil qui sépare le fond de la vallée de Pineta et le cirque de Tucarroya. Le dénivelé entre les deux endroits a dû être occupé par une spectaculaire cascade de glace qui se forma au moment culminant de la dernière glaciation, il y a environ 55.000 ans.

Le chemin permet de réaliser de nombreuses observations géologiques sur les roches, et de constater les effets des anciens glaciers, les rares masses de glace actuelles et la tectonique du massif du Mont-Perdu.


Météo du jour de la sortie soleil


Situation :

  • Ramond de Carbonnières (1755-1827), au cours de l’une de ses excursions pour explorer le Mont-Perdu, découvrit le glacier de la face nord du Mont-Perdu. Ce fut néanmoins le géographe français Franz Schrader (1844-1924) qui réalisa la première carte détaillée de ce massif montagneux (Schrader, 1874, Carte du Mont-Perdu et de la région calcaire des Pyrénées Centrales). Il y signalait cinq glaciers occupant un total de 556 hectares (Mont-Perdu, Cylindre, Gouffre du Marboré et Soum de Ramond SW et Sud).
    En 1888, les guides Célestin Passet et François Bernat-Salles, accompagnés de Roger de Monts, réalisèrent la première ascension intégrale de la face nord du Mont-Perdu. Pour ce faire, ils durent escalader des cascades de blocs de glace ou séracs d’une extrême difficulté qui formaient une grande partie du glacier à cette époque. Sur les photographies réalisées par Lucien Briet (1860 – 1921) en 1895, on peut apprécier que le glacier du Mont-Perdu comprenait alors trois zones. La zone supérieure était partiellement reliée à la zone intermédiaire par des séracs, tandis qu’à partir de la zone moyenne, s’étendait en aval une impressionnante cascade de séracs qui recouvrait totalement le ressaut rocheux inférieur et atteignait la troisième section du glacier, située au fond du cirque de Tucarroya.
    En 1910 l’ingénieur et alpiniste barcelonais Juli Soler i Santaló (1865 – 1914) montre qu’en l’espace de seulement 15 ans, la cascade de séracs qui unissait le glacier intermédiaire au glacier inférieur s’est considérablement réduite, pour laisser à découvert une bonne partie de la falaise.
  • Les photographies des décennies suivantes montrent que vers les années trente du
    siècle dernier, les séracs situés entre les glaciers supérieur et intermédiaire avaient disparu, tout
    comme la totalité de la portion inférieure du glacier, mais l’extrémité est de la falaise inférieure
    était encore partiellement recouverte de restes de la cascade de séracs.
    Les premières photographies aériennes verticales du glacier ont été réalisées dans le
    cadre d’un vol de l’armée américaine en 1957. Depuis cette époque, ce genre de données est
    devenu une référence oblige. À cette époque, la falaise inférieure était déjà totalement
    dépourvue de glace, la cascade de séracs qui la recouvrait en 1895 ayant entièrement
    disparu.
    L’année 1978 marque le début des premiers travaux de catalogage et suivi
    systématique des glaciers des Pyrénées espagnoles par l’INEGLA (Instituto Español de
    Glaciología). À partir de 1990, le ministère espagnol de l’Agriculture, l’Alimentation et
    l’Environnement (MAGRAMA) se charge de ce suivi dans le cadre du programme ERHIN
    (évaluation de ressources hydriques provenant de l’enneigement), en employant à cet effet
    des méthodes à base de balises, GPS différentiel, images satellites, géophysique, etc.
    Selon le MAGRAMA, la surface glaciaire est passée de 556 ha en 1874 à 107 ha en
    1982, puis seulement 38 ha en 2007. Les glaciers de Soum de Ramond ont totalement disparu
    dans les années quatre-vingt-dix du siècle dernier, pour donner lieu au lac le plus jeune des
    Pyrénées, qui bien qu’il ne figure pas sur les cartes, est connu sous le nom d’Ibón Chelau (lac
    gelé) d’Arrablo. D’après les calculs du MAGRAMA, entre 1982 et 2007, l’extension du glacier du
    Mont-Perdu s’est réduite de 18 hectares. À l’heure actuelle, il occupe moins de 32 ha. D’autre
    part, sa réduction en épaisseur est encore plus importante, puisque le front de l’escarpement
    du glacier intermédiaire, qui atteignait près de 40 mètres de haut il y a à peine quelques
    dizaines d’années, est aujourd’hui très biseauté, et a pratiquement disparu. La réduction du
    glacier du Marboré est encore plus significative, puisqu’il est passé de 35 ha en 1982 à
    seulement 6 ha en 2007.

Cartographie :

 

 


Texte de la sortie :

I – PARKING DE PINETA

La vallée de Pineta a été creusée sous l’action de la glace pendant les glaciations quaternaires. L’endroit où se trouve le parking correspond au fond de la vallée glaciaire, ce qui explique la présence de parois aussi escarpées. Si l’on regarde vers l’est, on peut se faire une idée des dimensions de la vallée de Pineta, avec sa parfaite morphologie en auge (profil en U).

Vers le nord, en direction du Parador, nous voyons un pierrier spectaculaire : un flanc recouvert d’éboulis de couleur grise. En cas de pluies intenses, l’eau entraîne une partie des fragments de roche en aval, pour former des coulées d’éboulis. Il s’agit d’un témoignage supplémentaire de l’activité géomorphologique du Parc National.
Si l’on regarde vers l’ouest, nous voyons la grande paroi qui délimite la vallée et laisse place au Balcon de Pineta,
vers lequel se dirige le sentier que nous emprunterons.
L’escarpement accusé sous le Balcon de Pineta a dû précisément être occupé aux époques les plus intenses des dernières glaciations par une cascade de glace qui reliait la partie haute du cirque à l’amont de la vallée de Pineta. Comme on le verra à la halte 4, cette cascade de glace s’étendrait sur les différents gradins de l’escarpement, et les chutes de glace, favorisées par la gravité et l’instabilité provoquée par son orientation sud-est (jouissant du plus grand ensoleillement), y seraient fréquentes.

II – LE CIRQUE GLACIAIRE DE PINETA

Depuis la halte précédente, suivre les pancartes indiquant  » Sendero Marboré « . Ce chemin a été tracé en 2010 parce qu’une avalanche a condamné une partie de l’ancien chemin, qui consistait en une piste forestière interdite à la circulation.
Pendant un certain temps, le chemin arpente la forêt, ce qui empêche d’apprécier le paysage environnant. Les buis, hêtres et fougères seront nos compagnons de route pendant près d’une heure. Nous croisons la piste qui se dirige vers La Larri, puis continuerons l’ascension en direction du Balcon de Pineta.
Lorsque nous arrivons à une cote approximative de 1 600 mètres, nous constatons que la forêt devient moins dense, jusqu’à disparaître complètement. Nous arrivons à un abreuvoir, endroit idéal pour faire une halte et admirer le paysage.
De cet endroit, le bruit lointain de la cascade du Cinca se fait entendre. Ce saut spectaculaire est le reflet de la disposition tectonique du massif, puisque la cascade répond à un pli intense des roches. Si nous nous approchions de la cascade, nous verrions ces plis parfaitement marqués. Sur la paroi, il est possible d’identifier d’autres zones brillantes, qui correspondent à des zones de suintement.

De cet endroit, il est également possible d’observer certains amas chaotiques de blocs qui témoignent de l’ancienne action glaciaire, comme celui situé sur le cours du Cinca, juste en amont du pont d’où part le sentier conduisant au Balcon de Pineta.
Après le retrait des glaces, et jusqu’à nos jours, c’est l’action fluviale qui a prédominé et modelé le paysage. Nous pouvons déduire ce relais entre l’action glaciaire et l’action fluviale par l’encaissement de la rivière dans la moraine.

III – CALCAIRES À RUDISTES : Des coraux tropicaux à pratiquement 3 000 mètres d’altitude.

Le sentier poursuit son ascension à travers les « Grès du Marboré ». Juste à l’endroit où commencent les premiers virages en S pour faciliter l’ascension, on peut observer des fossiles de coraux sur certains blocs situés sur les bords
du chemin. Ces fossiles témoignent de l’origine marine tropicale des grès.
À une altitude d’environ 1 760 mètres, le chemin traverse des calcaires gris parsemés de cavités de quelques centimètres de diamètre. On les reconnaît facilement par leur apparence corrodée. Il s’agit de la formation géologique dite des  » Calizas del Estrecho « , qui contient des fossiles de rudistes comme ceux que l’on peut voir dans la vallée d’Ordesa.
Les rudistes étaient des mollusques bivalves marins dont la coquille se fixait au substrat. Ils n’existent plus de nos jours, puisqu’ils se sont éteints à la charnière du Crétacé et du Tertiaire (il y a 65,5 millions d’années), à la même époque que les dinosaures.

À cet endroit cependant, nous ne pouvons pas voir les fossiles des rudistes, qui ont été dissous par l’eau, mais seulement les cavités dans lesquelles ils se trouvaient, ce qui donne à la roche un aspect très particulier, constellé de petits orifices.
L’ensemble du promontoire que nous sommes en train de franchir possède une structure tectonique complexe, dans laquelle se succèdent plusieurs chevauchements superposés.
Sur le chemin de montée, nous traverserons plusieurs de ces chevauchements, souvent difficiles à identifier. Cette répétition de la série sédimentaire explique l’importante épaisseur de sédiments calcaires que forme cette paroi.

IV – BALCÓN DE PINETA : Plis au niveau des grès du Marboré.

Le sentier a poursuivi son ascension jusqu’au Balcon de Pineta, excellent point de vue sur la vallée de Pineta et le cirque de Tucarroya. Si nous regardons vers l’est, nous pouvons observer la vallée de Pineta à nos pieds, avec sa parfaite morphologie glaciaire définie par sa section en U (parois escarpées et fond plat). On observe également que la vallée de Pineta fait l’objet de fréquentes avalanches, dues à l’accumulation instable de neige en hiver, qui détruit la forêt et entraîne des roches au fond de la vallée. Pour les identifier, le mieux consiste à chercher dans la forêt
des zones dévastées ressemblant à des coupe-feux naturels.

À notre gauche (nord) se trouve la vallée de La Larri, qui possède également cette nette morphologie en U, mais est suspendue à près de 400 mètres au-dessus du fond de la vallée de Pineta. La raison en est que cette vallée abritait un glacier tributaire de celui de Pineta, dont l’amont se trouvait dans le cirque de La Munia, et qui possédait plusieurs cascades de glace.
Vers le nord, nous apercevons le glacier du Mont-Perdu actuel, le deuxième le plus étendu des Pyrénées espagnoles, après celui de la Maladeta. Bien qu’il s’agisse de l’un des plus spectaculaires des Pyrénées pour sa disposition en gradin, il montre de clairs symptômes de retrait qui peuvent en outre être vérifiés par simple comparaison avec des photos de l’endroit réalisées à la fin du XIXe et au cours du XXe. La fonte des glaces est même évidente des années 80 à nos jours. À l’heure actuelle, le glacier occupe moins de 45 hectares répartis en deux masses de glace séparées par une barrière rocheuse, tandis qu’au milieu du XIXe, il y avait trois secteurs de glace, le plus bas desquels atteignait le fond du cirque.
Malgré son retrait évident, ce colosse de glace de grandes dimensions, dont le front au niveau de l’escarpement supérieur dépasse 40 mètres de haut, n’en reste pas moins spectaculaire. L’action glaciaire a laissé à cet endroit de nombreuses moraines, dont certaines correspondent au petit âge glaciaire. Ce glacier est une réserve de glace dont l’évolution dépendra directement du climat des prochaines décennies.
Le grand glacier qui, depuis le col des Astazous (à l’extrémité opposée du cirque de Tucarroya), déversait sa glace dans la vallée de Pineta, recevait ses principaux apports de la zone où se trouve aujourd’hui le glacier du MontPerdu.
Cependant, à cette époque, il devait d’agir d’une importante calotte glaciaire qui couvrait toute la paroi, depuis le Mont-Perdu jusqu’au col des Astazous.
Si depuis le Balcon de Pineta, l’on choisit de se diriger vers le col des Astazous, plusieurs observations géologiques supplémentaires nous attendent. Dans les Grès du Marboré, il est possible d’apprécier d’importants exemples de lapiazs qui contiennent d’abondants fossiles d’éponges marines. Un bon exemple se trouve très près de l’endroit de cette halte, à environ 20 mètres d’un petit escarpement d’un mètre de haut qu’il faut franchir pour poursuivre le chemin.

V – IBON DU MARBORÉ / LAGO DU MARBORE  : L’une des meilleures vues sur le glacier du Mont-Perdu

Cette halte est en réalité une extension de la précédente, puisqu’on peut y apprécier les mêmes phénomènes, mais avec une meilleure perspective (notamment le glacier du Mont-Perdu). Le cirque de Tucarroya ou Plana de Marborés est un grand cirque glaciaire de trois kilomètres de long délimité par deux barrières montagneuses. Le cirque s’interrompt brusquement à une cote de 2 500 mètres d’altitude, où se situe le Balcon de Pineta décrit dans la halte
précédente. Le cirque n’est absolument pas plat, puisqu’il gagne en altitude vers le nordouest.
Il est en outre parsemé de ressauts rocheux qui sont le reflet de la structure tectonique de la zone (souvent le contact entre le  » Grès du Marboré  » et les  » Calcaires du Gallinera « ). Dans sa majorité, le cirque est sculpté sur les grès, à l’intense et caractéristique couleur marron-rougeâtre.
Le cirque abrite l’ibon de Pineta ou du Marboré, vers lequel nous nous dirigeons. Il a été artificiellement retenu par une digue en 1927 à des fins hydroélectriques. Le lac repose sur une auge formée sous l’action combinée de différents facteurs, notamment l’action érosive glaciaire et la disposition structurelle de la zone (direction de rupture et diaclase prédominantes). D’où sa forme allongée suivant la direction principale du cirque.
Dans le cirque de Tucarroya, plusieurs moraines marquent différentes périodes de stabilité du glacier du Mont Perdu.

Il s’agit de moraines de périodes au cours desquelles la glaciation était en net recul, et se limitait au cirque proprement dit (lorsque le glacier de Pineta a atteint son extension maximale, l’ensemble du cirque de Tucarroya était couvert de glace, et il n’est pas possible de conserver des moraines de cette période).

 


Accès au départ :

Pour y arriver, rien de plus facile, passez le tunnel de Bielsa à environ 30 minutes de Saint Lary et continuez tout droit sur la A138. Juste avant la ville de Bielsa, tourner dans la vallée de .


Photothèque de la (des) sortie(s) :

 

Sortie correspondante

Pic d’Entecade (2272 m) en boucle Pouylane (2219m) et Pas Vilamos (2049m)

Situation : Idéalement placé sur les avancées du Luchonnais, ce massif dégagé permet une belle …

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